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21/09/2011

L'éclipse du sacré, un monde en perdition

Extraits et fragments de l’ouvrage d’Alain de Benoist

« L’éclipse du sacré » :

 

La thèse qui sera soutenue ici est que la disparition du sacré est à mettre directement en relation avec la diffusion d’une religion judéo-chrétienne caractérisée par l’identification de l’être à un Dieu (qui n'émane pas du monde), la dissociation de l’être et du monde, et le rôle particulier qu’elle donne à la raison (au nom du principe de raison).

Thomas d'Aquin : "Il n'y a rien de plus grand que la pensée rationnelle, sauf Dieu." (Preuve de l'existence de Dieu par l'exercice de la raison)

 

...La création du monde par Dieu implique une séparation ontologique irrémédiable. (A propos de Dieu)Il n’est pas une émanation du monde, et la création du monde n’ajoute rien à sa perfection... Le fond du monothéisme biblique, c’est son dualisme constitutif. Dieu et le monde ne sont pas un. (Il en est de même pour le cosmos) Le cosmos est distinct de Dieu. Par là, le cosmos se trouve en effet vidé de toutes les forces vivifiantes que le paganisme antique y voyait se manifester et advenir à la présence... La nature n’a plus par elle-même quoi que ce soit de sacré. Elle devient muette... La bible ne s’intéresse plus à l’être des choses, c’est à dire à ce que sont les choses à partir de leur origine propre, mais à ce qu’elles sont à raison de leur origine en Dieu. Le fondement du réel n’est plus intérieur et consubstantiel au réel, mais rejeté à l’extérieur du réel. Il n’est plus une dimension, invisible, du monde, mais relève d’un autre monde. Le monde, dès lors, n’est plus le lieu par excellence de la vérité (alétheia) prise en tant que dévoilement. La vérité prend le sens moral d’une conformité aux préceptes divins. Le monde, n’ayant plus rien de sacré en lui-même, ne pouvant plus être pensé comme totalité, est paradoxalement rabattu tout entier du côté du profane.

 

Nietzsche : « La démarche chrétienne consiste à poser des absolus tels que, rapportés à eux, tout le réel sensible ne puisse qu’être dévalué, et comme doté d’un statut inférieur d’existence »

 

En tant que créateur du monde, Iahvé n’est pas tant générateur d’un ordre harmonieux du cosmos que puissance à l’état pur. Il est le Tout-Puissant...

 

Le fait premier reste la dissociation inaugurale. Toute l’histoire de la Genèse est une histoire de séparations. La création remarque Leo Strauss, consiste « à faire des choses séparables ». Partout où le paganisme établissait des ponts, des liens, le monothéisme de la bible établit des fractures, des ruptures, qu’il est interdit à l’homme de combler. Iahvé interdit les « mélanges » :entre le ciel et la terre, entre les hommes et le divin, entre les humains et les autres vivants, entre Israël et les autres nations »

 

C’est donc très logiquement que le monothéisme de la Bible s’affirme d’emblée contre toutes les religions « cosmiques » qui intègrent l’ordre humain et l’ordre divin dans une même harmonie générale que le rite et le sacrifice ont pour objet de « recréer » périodiquement. Dieu jaloux, Iahvé s’élève contre l’inacceptable concurrence  que lui font les « idoles ». S’instituant lui-même comme épurateur de ces dieux païens que les prophètes décrivent comme boschet, « ordure », il instaure en matière spirituelle le régime du parti unique. Les autres dieux sont exclus, rejetés dans le néant : « Iahvé est le vrai Dieu, et il n’y en a pas d’autres »(Deutéronome 4,35). Leur existence est intolérable (Exode 20,5 ;Deutéronome 5,7), leur anéantissement est licite (ainsi subsidiairement, que l’extermination de ceux qui les honorent). Ainsi se trouve légitimé le génocide des âmes non conformes. Contre les cultes païens, reposant sur une conception traditionnelle du sacré, Iahvé exprime sa haine : « Je hais, je méprise vos fêtes, pour vos solennités, je n’ai que dégoût. Vos holocaustes et vos ablutions, je n’en veux pas. Vos sacrifices de bêtes grasses, je ne les regarde pas. Délivre-moi du bruit des cantiques, que je n’entende pas le son de vos harpes ! Mais que le droit coule comme l’eau et la justice comme un torrent qui ne tarit pas ! » Le droit et la justice ne relèvent plus d’une nature(phusis) qui advient à la présence sous l’horizon du sacré, mais d’une vérité morale qui trouve sa source dans l’autre monde...

 

Toute forme de religiosité "naturelle" ou cosmique, qui sanctionne et exalte la co-appartenance de Dieu et de l’homme au même être, tout culte rendu aux « dieux mythiques » est dénoncé comme idolâtrie. Et l’ «idolâtrie », c’est d’abords le sentiment de sacré qui magnifie le lien entre l’homme et le monde. De l’interdiction de l’idolâtrie, le judaïsme a pu dire qu’elle « équivaut à toute la Torah ». Elle fait en tout cas partie des lois noachides, c’est à dire de ces lois dont le judaïsme exige l’observance même de la part des non-juifs... Mieux vaut être athée qu’idolâtre !! A ceux qui violent les lois noachides, Emile Touati va jusqu’à dénier le statut d’être humain : « Ceux qui ne respectent pas ces lois élémentaires, on ne peut même pas dire que ce sont des hommes. Et la mission du peuple d’Israël, c’est d’établir partout les lois noachides, c’est de faire en sorte que partout ces lois soient respectées. »

 

La bible affirme avec vigueur que le divin n'étant pas de ce monde, ne saurait relever du faire-voir.(Exode33,20)-(Deut.4,12) La parole de Dieu s'oppose ainsi à toute image. Au Sinaï, Moïse dit: "Dieu vous a parlé du milieu du feu; vous avez entendu le son des paroles, mais d'images, vous n'en avez pas vu, seulement une voix"(Dut.4,12) C'est que voir et entendre n'ont pas dans la bible la même valeur. La différence symbolique entre les deux modes de perception est en effet significative. La vue fait porter le regard sur le spectacle du monde, où l'unité ne se donne à saisir que comme rassemblement d'une pluralité toujours changeante. l'ouïe renvoie plus directement à l'invisible, mettant hors médiation à l'écoute d'une parole qui se veut une.

 

Heidegger attribue le "dépouillement des dieux" à cet oubli de l'être dans lequel il voit l'acte constitutif de la métaphysique occidentale (et du principe de raison)... Se trouve alors posé, au coeur de la foi, un principe de raison qui va progressivement se découvrir comme antagoniste de la foi.(Condamnations chrétiennes de la libido sciendi)

 

A.W.Schlegel : "Le christianisme a anéanti le sentiment de la nature. C'est pourquoi le mécanisme domine dans la physique moderne." La science classique s'origine d'une volonté d'appréhension exacte d'un monde désormais objectivé, radicalement soumis à un homme qui, en tant qu'il est porteur d'une raison reflétant l'intellect divin, se trouve du même coup légitimé à se poser contre lui... Dichotomie entre l'homme et le monde, qui laisse l'homme libre de déchaîner sa volonté de puissance en s'instituant "maître et possesseur de la nature"...

 

Peu à peu, on en vient à penser qu'une chose n'est vraie que pour autant qu'elle est intégralement rationnelle, calculable, saisissable dans le registre de l'exactitude. Ce que Friedrich Geog Jünger a appelé la "perfection de la technique" n'est autre que cette complète calculabilité des choses transformées en objets, que présuppose la validité universelle du principe de raison. La technique moderne se dévoile ainsi comme un faire-produire, comme une hermeneutique au nom de laquelle tout savoir requiert le monde au nom de la puissance de calcul. Dés lors, "toute nouvelle connaissance devient un moyen d'imposer une nouvelle servitude à la nature."

07:56 Publié dans religion | Lien permanent | Commentaires (0)

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