21.11.2007
LES DIEUX ET LE MONDE
Les dieux gouvernent le monde et réalisent ce qu’il est grâce à leurs apports multiples et variés.
S’il plait à l’homme d’identifier le monde à Dieu, à le prédéfinir selon un postulat qui se suffit à lui-même, à enfermer la nature dans le cerveau humain, libre à son âme esseulée. Libre à lui d’inventer l’entité qui peut tout, le plus tutélaire des modèles qui ne doit rien qu’à lui-même, et que l’on ne peut concevoir qu’en faisant violence au bon sens, que l’on ne peut concevoir sans être soi-même l’estampille mentale d’une secte dominante au messianisme simpliste comme il se doit. Les dieux n'ont pas déserté le monde. Seuls les hommes ont déserté les dieux pour se livrer avec fureur à l'impensable privilège d'un seigneur gagné à la folie des grandeurs.
La réalité suppose une approche qui ne soit pas démesurée on le comprendra, une approche qui ne soit pas démesurément incompréhensible comme on l’entendra. Une approche qui n’isole pas l’homme du monde dont il dépend et auquel il doit tant.
Les formes diverses que revêt la vie sur terre ne peuvent découler d’un principe unique puisqu’elles proviennent de natures distinctes bien que complémentaires.
Ces formes combinées peuvent donner l’illusion d’une semblante unité, mais cette dite unité n’est pas Dieu mais Harmonie. Or Harmonie n’est pas un principe premier ni la résultante de celui-ci. Harmonie est la raison d’être des dieux, la magie qui lie leurs actions conjointes avec mesure et leur permet l’épanouissement dans une manifestation à leur image et qui justifie l’honneur qui leur est rendu par le rendu que nous offrent les statues. Ainsi nous apparaît le miracle de la vie tel que nous l’admirons et qui n’est pas le fruit interdit de l’unique et démesuré talent d’un seul.
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16.11.2007
QU'IMPLIQUE LE FAIT D'ETRE PAIEN ?
Le fait d'être païen n'entraine rien au niveau relationnel humain en général. Envers les autres païens, on est porté à éprouver un lien sacré sans conséquences sur le jeu des attitudes. Il en est pour nous dire que nous ne sommes que des athés qui s’ignorent. Peut-être parce que nous ne sommes pas démesurés dans notre approche du divin !! Pourquoi ne croirions-nous pas à l'existence réelle du panthéon?? Enfin, si je me dis que les dieux ne ressemblent peut-être pas aux modèles des statues, je ne doute pour autant de leur existence. Il me plait en tout cas à les représenter à visage humain. D’ailleurs, les égyptiens étaient peut-être bien inspirés de leur donner un autre aspect!! Je pense d'ailleurs que les dieux pourraient avoir le pouvoir de ressembler à ce qu'ils veulent. Les dieux si l’on peut dire sont à l’image de nos âmes!! A quoi ressemblent nos âmes??? à nous-mêmes? qui saurait nous le dire?? Quant à nos prières, on les adresse à la divinité de notre choix en fonction de la nature de celles-ci. Nous n'avons plus de temples? et alors? La méditation peut suffire, et puis nous avons la terre mère, l'autel domestique au besoin. En chaque coin de terre, en chaque coin de ciel, en chaque vague, les dieux sont. Ils ne réclament plus d’hommages. Les hommes étant devenus « fous de Dieu », quoi attendre d’une sagesse qui s’est armée de Dieu, capable d’aimer quoi d’autre que Dieu ? Quant à ceux d’entre nous qui ont besoin de pierres, pourquoi n’iraient-ils pas à l’église? Les chrétiens nous doivent bien d'accueillir la diaspora païenne dont ils ont la responsabilité. Sachant que les églises se sont souvent construites sur l'emplacement d'anciens temples et avec leurs propres matériaux, purifiés bien-sûr, il me plait à penser que outre les formes dont je n'ai cure, la matière est là, vivante et païenne. Les chrétiens ont investi nos lieux sacrés? pourquoi n'irions-nous pas investir leurs lieux saints? Nous n'aurions en tout cas pas l'indécence de le faire dans le but de nuire, mais juste dans un but religieux élémentaire même s'il s'avère revendicatif. Nous sommes, nous païens si ignorés, voir calomniés dans le monde des hommes, l'esprit des hommes fait déjà si difficilement le rapport entre païen et foi qu’il est de bon ton de s’accommoder de cette déprime universelle plutôt que se tuer à vouloir donner vie à ce qui n’a pas vocation à Etre. Une bonne fois pour toute, on ne lutte pas contre les chrétiens!! Cette maladie de l’âme, cette excroissance de l’esprit participe à sa victimisation et s’autorise toutes les épurations. Elle devient grande dans le malheur, puisque la vie est pour elle davantage un purgatoire qu’un paradis. Face à pareil fléau, les druides s’étaient fait une raison. Ils s’étaient alors donné pour objectif de pénétrer et influencer la nouvelle religion, de l'architecture à la pensée, en disposant les éléments essentiels à la sauvegarde de l'ancestrale sagesse. Peut-être donc a t’il été plus sage de suivre le sens de l'histoire pour y travailler utilement et discrètement dans l'esprit de son hérétique vocation, plutôt que se cabrer et succomber, bien que cette dernière option soit plus noble.
La chose est entendue de nos jours. Il faut laisser dire bien des mensonges, il faut sanctifier bien des erreurs et laisser le champ libre à une mauvaise fois si patente, qu'il est de bon ton de laisser au temps le temps, tout en plaçant des réserves et des observations avec la sérénité que confère l'inclassable et émotionnel détachement. Cette attitude posée, le recul aidant, cela ne nous fait-il pas percevoir ce qu'a dû être la vie des pieux païens survivant dans un empire chrétien vindicatif? Lorsque je lis et réalise l'attitude des païens cédant progressivement face à la joute chrétienne, comment ne pas comprendre la nécessité de ne pas lutter? Lequel d'entre nous voudrait entrer en conflit ouvert avec ses proches? Qui de nous n'a pas dû subir d'affligeants bourrages de cranes tel que le catéchisme, qui de nous n'a pas été en devoir de faire sa communion, n'a pas renoncé à parler des dieux face à l'incrédulité générale? Le paganisme ne sera plus le ferment des sociétés comme jadis, alors il est de bon ton de le porter dans son coeur et d’en protéger le sanctuaire inviolé. Est-il vraiment souhaitable de partager pareilles sensibilités religieuses avec les anthropophages qui, de nos jours, font office d’hommes!! Nous avons le soucis premier de protéger ce bien inestimable et sacré plutôt que le soumettre aux moues dédaigneuses d'esprits sectaires et grossiers pour qui nous serons toujours le diable incarné d’une secte infâme, quoi que l’on dise ou que l’on fasse. C’est pourquoi j’invite les païens à ne pas céder à la tentation (c’est très chrétien ça !!) d’une unité constituée en quête de cohérence reconnue et qui ne déboucherait que sur l’établissement d’un syncrétisme de plus, succédané du dogme!! Les païens appréhendent le monde d'une façon si unique quelque part, que cette unité existe d'elle-même sans être ni effective ni possible ni souhaitable, encore moins nécessaire. Je les invite néanmoins à travailler à la reconnaissance de notre entité, à faire venir à la présence ce qui nous unie dans la sphère des dieux, c’est à dire à œuvrer pour la reconstruction à la fois individuelle et collective du temple de l'âme, reconstruction symbolique pierre aprés pierre, par le truchement de l'émotion et de l'intelligence partagée. Je les invite à échanger dans la transparence d’une approche compatible, et j’exhorte les tenants des écoles à ne pas chercher à glorifier les particularismes de leurs conceptions afin de faire valoir l’existence commune de notre commune approche pour une reconnaissance future en vertu de notre droit d’exister. Pour ce faire, la communication est constructive, elle édifie. La constitution en groupe ou en institution n'apporterait rien de plus à l’édifice qui a néanmoins vocation à être réalisé en l’honneur des dieux. il n'y a donc pas à rechercher l'unité chez les païens. Elle n'est pas à souhaiter. Nous ne sommes pas une église. En effet, une école peut déjà mettre les spécificités en péril car elle pose déjà le principe d’une vision du monde comme préambule à toute discussion. De surcroit, bien souvent, son petit côté élitiste la fait verser dans l’intellectualisme à tel point qu’une approche spontanée de l’esprit est cordialement raillée. C’est un peu le mal de notre temps. C’est à celui qui sera le plus spirituel!! Pourtant, il peut suffire d’être une espèce de quiddam sans halo avec des étoiles plein la tête. « Rien de trop » pouvait-on voir au fronton du temple d’Apollon !! Moi, je n'affirme rien. Par ailleurs, je ne me suis jamais plu avec les gens qui exprimaient des opinions semblables aux miennes, car la machine s'emballe trés vite et l'esprit devient trés vite le levier d'un système.
Enfin, il convient de ne pas s'enferrer dans des oppositions inopportunes et incultes par nature entre païens de sensibilités ou de traditions différentes. Notre vocation n'est pas d'être dogmatique mais de distiller de savantes vérités par le truchement de l'âme. Nous serons toujours invaincus car la tradition orale est plus puissante que la loi écrite même si la seconde parait s'imposer.
- Le païen n’est pas en devoir d’observer une morale mais il a une éthique.
Le fait d'être paien n'implique aucune morale particulière si ce n'est une éthique constitutive de vertus immuables enracinées dans une force d'âme. La morale suppose une règle de principe plutôt définie, normée, cadrée même. La morale érige en religion la nature même d'un principe non religieux et prend la forme d’une religion sécularisée. L'éthique, à mon humble avis, ne se place pas sur un plan religieux mais pose un principe philosophique aux ramifications plus larges. Elle pose un principe certes, mais à toi de l'observer dans le champ multiple de ton propre caleidoscope. Certes, tous les chemins mènent au religieux. Mais j'aurais tendance à penser que l'usage place la morale au dessus de tout en plaçant l'éthique dans un sous groupe. Cette observation me fait penser à cet automatisme actuel qui consiste à considérer qu'une religion révélée est supérieure à une appréhension non formelle du divin.
- La notion de respect et d’harmonie est consubstantielle à la nature même d’un païen
On place bien souvent le respect sur un plan éthique et l’harmonie sur un plan spirituel, mais il arrive que ces mentales expressions soient ancrées dans un contexte plus religieux, une espèce de vocation à vouloir considérer l'homme sur un plan plus universel, privé de toute échelle de valeur. Je cite :« prôner le respect et l'harmonie entre les êtres »
C'est alors que l'on ne fait plus la distinction entre l'homme d'honneur vertueux et l'indigne!! C'est nier l'homme que de prôner ce respect informel que l'on devine inconditionnel du fait de son substrat religieux qui nous invite à une harmonie transmuée en amour nivellateur. J'ai souvent remarqué que parmi les gens sensibilisés au paganisme voir pieux, on faisait un usage immodéré de cette conception (que l'on voudrait fondatrice) de respect, d'harmonie, autant dire d'amour originel entre les êtres!! Bien sûr, et je le dis non pour rassurer ceux qui auront la patience de me lire, je trouve cette conception purement idéaliste bien séduisante, mais un tant soit peu lassante. En effet, même du temps de l'âge d'or d'un paganisme fervent, je ne pense pas que ce fut un but en soi de verser dans cet évangélisme bon enfant qui est le droit fil d'un conditionnement moderne destiné à laver les esprits réactifs. Dans l'esprit du sage même, cette sainte conception eût été aberrante!! Tout comme celle d'agir à l'encontre sans mobiles valables!! Qui plus est, paradoxalement, alors que l'homme moderne est supposé avoir pour son prochain de pieuses pensées, il ne peut s'empêcher de mesurer la statue d’un homme à la séduisante originalité de son dégoût du sens commun. Car, bien que civilisé comme il se doit, il n'en est pas moins un prédateur avide au sourire d'ange qui voue un culte à son égo mythomane, occupé dans sa course au mérite. Acquérir et paraître sont les maîtres mots du contemporain malade de lui-même.
Pour ma part, le mérite, c’est la revendication croupion d’esclaves attachés au privilège de ceux qui n’ont rien à faire valoir. La sagesse empruntée est le change complet de ceux qui s’intronisent et se vénèrent. Quant à la tolérance, elle est la sœur du nihilisme aussi longtemps qu’elle sera la fille de joie du vil coquin, de celui qui auréole son autosuffisance d’une sainte humilité et prend l'autel pour une tribune!! Aujourd’hui, Dieu, c’est un peu Marx en soutane!! Il veut jouer avec Maya, mais l'enchantement se retourne contre lui.
A quand l’éveil du païen ?
L'éveil,c'est un état de l'être qui te fait entrer dans un autre monde, informel et autrement plus réel que l'image façonnée d'une apparence surfaite. Un monde d'émotions intenses si inaccessible aux mots que l'on comprend pourquoi les druides ont considéré les mots indignes ou inappropriés pour pouvoir le décrire ou l'exprimer. Dommage que les druides n'aient cependant pas daigné laisser quelques traces efficientes de leur religiosité !! Peut-être cette technique de la terre brûlée appliquée au spirituel a t-il été efficace pour la préserver face aux invasions, mais combien d’interprètes avons-nous pour comprendre le sens caché de ces quelques bribes d'authentiques indices qui nous restent!!
Je ne médirais donc pas sur les écrits bien que la tradition orale soit plus adaptée à l’enseignement de type religieux. Car, je pense en effet qu'il y a certains écrits qui, par leur nature, ne commandent pas, suscitent l'émotion par l'évocation, l'allégorie, et que cela peut aider sous des dehors anodins à retrouver le chemin de l'essentiel. Et c’est bien là où je veux en venir !! Si les écrits mythologiques sont encore là, c'est non seulement parce que l'intérêt pour les chrétiens avait été de les montrer comme la preuve de l'absurde et démentielle conception du religieux bien que sympathiques sur le plan artistique, aprés leur avoir enlevé la magie qui en animait la flamme, en brûlant tous les ouvrages capables d'expliquer le sens caché de ces enseignements sacrés. Les légendes contées devenaient alors insipides aux non initiés, et perdaient naturellement la puissance de leurs évocations. Mais la tentative de fossilisation a fait long feu!! Homère ne s'adresse pas à ceux qui n'ont qu'un poids à la place du coeur. N'empêche que grâce à ces écrits, on retourne à la source. Quelquefois je m’interroge à ce propos. Avons nous donc un si grand besoin spirituel sans avoir l'intuitif talent de nos ancêtres puisque nos idoles figurent dans les mythologies mais qui sait les faire parler?? Car il est parlant que l'allégorie d'Homère permet à la pensée de trouver le chemin de l'émotion par l'inextricable dédale de toutes pensées confondues, comme la représentation imagée permet de faire venir à la présence un dieu tel qu'il se présente à nous. En faite, il ne s'agit pas là de philosophie(même si la philosophie peut mener au religieux). On n'est pas tenu à ce type de rigueur bien souvent inutile. On ne va pas discuter sur le sexe des anges lorsque le sens qui émane d'un texte est aux antipodes. Car, il n'est pas là question de matière grise mais d'intuition alliée à une réflexion qui se transcende. Une fois la matrice reconnue, il faut aller voir au delà, procéder par recoupements, méditer sur le sens global et occulté d'une légende, puis sur chaque phrase à l'apparence si extravagante, chercher les indices, puis deviner les séquences, chercher la chronologie. c'est comme une glace sans tain vieille comme le monde. Te vient l'idée de la nettoyer, et soudain, tu vois à travers, et là, la sensation est divine. Les interprétations sont perdues mais l'essence demeure grâce à Homère. Tout est contenu dans ses écrits. Il ne manque rien. C'est d'ailleurs bien dommage que tant de passionnés, de pieux et dévoués fidèles aux anciennes religions aillent chercher ailleurs, se perdent un peu dans les méandres d'un coeur gouverné par l'intellect, se dépensent en interprétations qui, bien que louables, n'ont pas de rapport direct avec des enseignements sacrés si bien gardés. Homère a su bien avant l’heure protéger l'âme païenne contre les attaques et autodaffés des chrétiens et philosophes qui se voulurent éclairés et qui ne voyaient plus de danger dans ce qu'ils avaient pris soin de dénaturer. Homère a noyé le poisson. Les chrétiens se sont plutôt attaqués aux interprétations, à ce qui était accessible pour le plus grand nombre. Remettre le panthéon sur pied, c'est donc traduire Homère, retrouver le fil conducteur, dissiper le brouillard et redonner forme aux statues.
L'âge d'or appartient au passé, mais grâce à l'alchimie d'un présent toujours attisé par les forges d'Héphaestos l'avenir peut nous conduire aux sources. Originellement, l'âge d'or est à l'échelle de l'homme en tant qu'entité naturelle et à l'image des dieux. Désormais, il est à l'échelle de soi.
"La mort est un présent inestimable des dieux". Il en est de même de l'âge d'or qui, aprés un temps plus ou moins long dans l'Hadès peut rejaillir dans le sein d'Aphrodite au printemps des âmes, et dans le sillage d'Hermès, par Apollon Dyonisos, nous conduire au jardin des Hespérides afin d'y cueuillir les pommes d'or.
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22.10.2007
Platon
Comment est-il possible au commun des mortels de parler de Platon ? C’est un peu comme parler de Jésus Christ ou de je ne sais quel prophète qui guide et traduit l’idée que l’on doit se faire d’un corps de doctrine. Car les écrits de Platon sont bel et bien un corps de doctrine qui englobe le politique et le religieux. Ce sujet me direz-vous prend un tournant polémique ? Nullement !! Mais, à dire vrai, dés qu’il s’agit d’appréhender ce qui se rapproche de prés ou de loin à un dogme, la critique est toujours considérée comme polémique, car les détenteurs de règles n’admettent pas l’idée même d’avoir à en discuter. Et il s’agit bien là d’idées, du monde des idées, de la multiplicité des idées unifiée par l’Idée des idées, de l’Idée avec un grand I, l’idée que l’on se fait de Dieu en élevant un concept au delà des contingences humaines. Une forme aristocratique de pensée qui exclut le vulgaire, et qui impose une forme idéale de société élitiste et imbue de sa propre conception du divin. Avec Platon, nous entrons de plein pied dans une forme dogmatique de pensée, dans une forme d’éducation dirigiste, et l’on ne s’étonne pas que les chrétiens aient épargné les écrits de cet ambitieux philosophe car, à tout bien considéré, ce dernier donne une tribune à ce concept d’un bien suprême, source de lumière intellectuelle, réel suprême en l’intransgressible idée morale de l’Un parfait, père des Dieux, qui se détache du monde sensible pour accéder à un monde supra-sensible et intelligible à l’image de Yahweh. Par l’usage des tables de lois, il imprime sur le monde temporel l'empreinte d'une société idéale, et dont le modèle incontesté doit toucher au divin. On est bien loin de l’approche originelle du politique et du religieux par le paganisme authentique.
En République III 398a-b, Platon chasse Homère de la cité idéale, obsédé par les règles intransigeantes d’une vertu codifiée, vouant un culte dogmatique à l’idée de Morale. La poésie épique et les évocations d’Homère sont alors frappées d’hérésie car elles sortent du moule rigide du législateur d’une foi nouvelle. Platon déclare qu’il ne faut recevoir dans la République aucun poète et il en exclut le grand d’entre les grands, après l’avoir couronné et aspergé de parfum, pour l’empêcher d’obscurcir par ses fables la vraie conception de Dieu.
Pour ce faire, il refuse toute interprétation allégorique ou symbolique qui permet l’approche du religieux au profit de la lecture littérale. Et par l’usage de celle-ci il décrète :
-La divinité ne peut-être que bonne et ne peut dispenser le mal (concept d’une idée pure, le bien)
-Les Dieux ne peuvent ni changer de forme, ni nous tromper( Il y a là une volonté manifeste de rationalisation)
-Homère a une mauvaise influence morale( non conforme au canon, l’approche du divin doit être repensé pour être plus conforme à l’idée de Dieu)
-Les Dieux tels que les décrit Homère ne sauraient constituer des modèles pour les hommes car ils sont sujets à l’émotion et à la pitié envers leurs enfants(les lamentations de Thétis) > On voit là une hostilité nette pour ce qui est sensible, l’émotion. Les dieux sont manifestement trop humains pour Platon. Il instaure une sécheresse propre aux systèmes de pensées qui contraint les hommes à observer un modèle présanctifié qui n’est plus leur.
-Platon rejette les manifestations du rire comme indignes des Dieux. ( On reconnaît là le ton grave de Platon, qui ne conçoit le bonheur qu’au delà de ce qu’est la vie dans toute sa beauté)
-Il rejette également les mythes qu’il juge inappropriés au développement de la tempérance chez les jeunes. (Platon considère nécessaire l’aseptisation des générations nouvelles idéalisées de façon monastique et aristocratique)
Oui, Platon épure, dogmatise, décrète qu’Homère montre des choses incompatibles avec la notion même de Dieu. Pourtant se fait ressentir chez Platon l’héritage Homérique profond et inavoué. Ce sentiment religieux qu’il reprend largement à son compte et que simultanément, il trahit. Il vénère les dieux, mais les fait renaître dans le panthéon conceptuel d’une religion nouvelle. Car, Platon dispute la prééminence à Homère le philodoxe, comme un jeune concurrent ambitieux face à un homme vénéré qu’il déboulonne. Le jeune loup arme sa dialectique contemplante et descendante et brandit le dogme religieux d’une idéologie rationaliste par la dialectique, le savoir, seule connaissance véritable. Le reste n’est qu’opinion !!
Enfin, la doctrine de Platon est toute aristocratique. Elle n’est pas destinée au peuple qui ne peut se forger que ces dites opinions, ni au travailleur, représentant d’une des trois classes de la société, celle qui correspond dans la division tripartite de l’âme à l’ « épithymia », qui siège dans le ventre, et dont la nature n’est en rien comparable au « noûs », caractéristique innée des classes dirigeantes.
Mais qu’est-ce que cette contemplation des idées ?? Quelle est son but ??
En faite, pour Pythagore comme pour Platon, les âmes sont liées au corps à titre de châtiment. Le corps est une prison. Il est le tombeau de l’âme. La migration de l’âme en des corps différents est une pénitence. Or, qui dit pénitence dit péché. Nous sommes là bien proche de ce que sera bien plus tard le christianisme.
L’idée se résume en ceci : L’âme est parente des idées et en possède le savoir. Lorsque l’âme se détache des idées, elle tombe dans le monde sensible. Contempler les idées, l’Idée, c’est postuler pour l’immortalité de l’âme. Le vrai savoir, c’est le savoir de l’universel, de l’Idée. Il est dans l’esprit, pas dans les choses (dichotomie). L’universel est dans l’intellect. Le philosophe (contraire du philodoxe pour Platon) consiste en l’effort pour délivrer l’âme du corps.
Il est évident que cet élitisme intellectuel qui peut satisfaire l’orgueil savant du contemporain rationaliste en mal de spiritualité, démontre cependant que la foi n’est pas accessible à tous. Comment donc pourrait-elle être accessible aux contempteurs de l'illustre Platon, qui fait si bien la Une dans toutes les écoles honorables où s’illustrent les esprits les mieux représentés. En l'absence d'une unanimité qui participe à l'élection d'une légitimité, on aura tôt fait de vous faire comprendre que vous ne comprenez rien à Platon, étranger aux lois qui font d'un homme un être de vertu capable de rendre son âme compatible à l'excellence, à la subtilité du divin breuvage qui attise les soifs. Un petit peu à l’image de ce que vous disent les chrétiens lorsque vous évoquez l’âme sans communier avec Jesus-Christ, sans référence aux saints écrits. Vous n’aurez jamais eu la grâce de comprendre le subtil message des paraboles et par extention, vous n'aurez jamais connu l'Amour de Dieu!!
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