14.09.2009

L'homme parfait

J’ai rencontré l’homme parfait. Je croyais n’avoir jamais le privilège de le rencontrer.

Il n’a pas d’égo, il l’a littéralement pulvérisé. Il n’a pas envie de plaire ni même de séduire. La simplicité est pour lui l’aristocratie de l’âme libérée de son lest intellectuel. Aucune honte n’entache son être intérieur, aucune gloire ne trahit ce qu’il est par lui-même. Chaque instant de son existence est un don qui n’escompte aucun retour, exilé sur les terres délaissées par les mentalités blafardes. Il porte le mensonge des autres comme une écharde dans son cœur, et paye au jour le jour son amour de la vérité qui dérange. Avec quel art consommé les témoins de son existence d’homme jettent un voile pudique sur l’action de sa vie, jaloux de son audace. En vérité, sans complaisance pour lui-même, il a perdu l’estime de ceux qui se sont parjurés, qui font silence de son esprit de sacrifice, de son suicide social, de son bannissement culturel, de son humaine expiation. On le dit pessimiste car il est lucide, asociable car il n’est point lâche, et inaccessible car il est effacé. Il accepte la leçon de ceux qui prétendent savoir et négligent d’écouter, comme un exemple à ne pas reproduire. Par bonté, il a fait la longue expérience de se soumettre à ses contemporains armés de bonnes intentions, mais il est revenu à son originel force d’être un peu polaire pour mieux déplaire. Pour mieux déplaire à cet ersatz d'amour entre les mains de cette armée d’hommes qui a fait allégeance au saint-graal inquisiteur d'un régime honni pour soumettre l’authentique relique d’un autre temps. Il me l’a dit : « L’homme moderne s’est donné une dimension idéale qui ne correspond à rien de vivant. » Pour exemple, ce concept de réussite qui découle d’une aberration de cet être intellectuel malade de lui-même.

24.07.2009

Légèrement misanthrope

J'ai trouvé un interlocuteur bien sympa en la personne de moi-même. On s'entend bien sur le fond, comment pourrait-il en être autrement? C'est sur la forme qu'il nous est donné de partager nos vues divergeantes. Notre approche est forcément divergeante puisque nous ne sommes pas exposés de façon identique aux manifestations de la vie physique. Lui est surprotégé et moi surexposé. Lui c'est moi et moi, ce qu'il m'est permis de montrer de lui. Il faut dire qu'à part moi, je ne trouve personne susceptible de répondre à mes attentes. Mes vitales préoccupations ne peuvent se ressourcer qu'en mon tréfonds. Je ne partage donc pas mes émotions. Si j'écris à l'occasion, c'est d'abord pour m'interpeller sur ce que je laisse échapper. Ce moi, moi seul donc le connaît et ne connivence avec personne. Ce que les autres attendent de moi? Que je m'attache à la brièveté d'un texte qui va finir par nous énerver tous.

12.12.2007

LE COURAGE

Que peut-on attendre de ses pareils en définitive si dissemblables. Probablement rien qui ne soit de nature à les intéresser au départ d’eux-mêmes. Au départ de soi, tout coule de source. Mais au delà, on emprunte les boulevards de tout le monde, l’exode au cœur. L’esprit grouille sur cette artère à la cadence d’une vie courte. Oui mais sur ce boulevard, on fait beaucoup de rencontres, des rencontres brèves ou ponctuées de longueurs, des rencontres dans lesquelles l’individu se mire et fait miroiter le fétichisme de ses effets. Dans le regard de l’autre il s’essore. Du moins le croit-il !! A son insu, la mort prend une apparence de vie et cherche le trou noir où se perd l’esprit. Aimer sans mots dire, grandir sans s’illustrer, évoluer sans distinctions, voilà de quoi faire pâlir le mort. Qui donc s’attarderait à battre en brèche un devenir certain pour un archipel hors de vue, dépourvu de l’humain destin à se conduire en vain pour un gain, éclaté comme embruns dans le sens du vent pour un temps. L’homme avait choisi de jouer sa partie à n’importe quel prix, là où la nécessité n’était pas la mère du mérite, mais le billet gagnant d’un tirage au sort où le hasard n’était pour rien dans le grand tout d’un système confisqué. Son avenir était tout tracé. Dans l’horizon de son ambition, les sésames étaient au secret de sa belle position et s’ouvraient à l’approche du fils élevé dans les honneurs. Son monde était là, tout contenu dans un mandat, propriété de son état, hissé comme pavillon au faite de la haute opinion qu’il s’était forgé de lui-même. L’inconnu n’avait aucune chance de trouver refuge au cœur de ses pensées. Il avait préféré l’art de convaincre à l’art d’éprouver, le besoin de plaire au besoin de s’extraire, le vent de l’utile au souffle divin qui se contente des plus modestes encens, et le sens pratique aux autres sens si futiles, parfums de vie, brin de folie surgi au milieu des choses raisonnables. Surgi du ventre maternel comme une fleur, il avait alors perdu toute la fraîcheur d’un homme de coeur. Les lumières de l’âme elles-mêmes paraissaient ternies et déviaient de leur source pour aller nulle part échouer dans le néant des choses sans fondement.

Qu’attendre des hommes à présent ? Ils ne se tuaient plus depuis quelques décennies car les jeux étaient faits, et déjà, les esprits oublieux soutenaient avec assurance que rien de méchant ne pouvait plus arriver désormais. Mieux encore, tant de calamités dont il était fait bilan à travers le monde étaient perçues comme indignes pour des sociétés civilisées comme les nôtres, garantes des droits de l’homme. Ces mêmes garants qui, au nom de ces mêmes droits, rasèrent des villes, tuant femmes et enfants, donnant à la vengeance un caractère sain derrière un mot qui sonnait justice. Désormais, la guerre s’était professionnalisée en des termes sociaux culturels au bénéfice des mieux en vue qui soutenaient le diadème de l’autorité la plus dissolue. Mais entre les ténors, point de frictions. En effet, ils ne se disputaient le pouvoir car ils ne prétendaient pas au même empire. Toutefois, dans leurs plus bas instincts, les chiens étaient dressés pour tuer. Les incursions de l’un témoignaient de son empire sur l’autre, et le détachement de l’autre, de l’empire sur soi. Chaque manoeuvre insidieuse donnait lieu à l’esquive, et à toute stratégie battante, s’ensuivait une retraite en bon ordre. Les sous-entendus étaient d’une habilité consommée et les conquêtes  virtuelles ajoutaient à la gloire d’une victoire apparente sur les témoins subjugués qui délibéraient servilement. Les personnages de marque les mieux armés exposaient leur situation sans s’exposer à la vanter, se vantaient sans exposer leur modestie, vertu domestique qui tenait plus d’une altière libéralité que d’une sagesse consommée. Dans le même temps, leur zèle orchestré avait soin de ménager le mythe prométhéen de l’homme accompli en dépit de l'adversité, afin d’entretenir le goût épicé de leur égo rebelle au joug, en donnant à leur filière choisie ou offerte le caractère d’un maquis. Leur sens aigu du service public ainsi que leur altruisme rayonnaient dans cette débauche d’énergie pour se placer au centre des affaires dont l’objet les concernait. Tout moyen était bon et donnait lieu à des luttes inégales où l’audace n’était que simulée dans ce qui n’était qu’une chasse gardée. Désormais perçu comme la marque humiliante d’un automatisme primaire et réactionnaire, le courage était laissé telle une dépouille au perdant, tare fondamentale pour l’humain d’aujourd’hui, vertu cardinale d’un autre temps, car il n’est besoin de courage pour triompher lorsque le pouvoir vous en dispense d’emblée.  En conséquence de quoi, tout ce qui n’entrait pas dans le cercle fermé de leur monde privilégié se voyait bannis de leur société et relégué aux considérations les moins enviées. Aussi, par soucis d’être mieux placés, les esprits se hâtaient de forger l’arsenal du traître et se donnaient tout l’art de plaider en faveur des plus vils desseins.

C’est ainsi que tout un chacun fait carrière dans l’honneur d’une servilité gratifiante et sacrifie à son intérêt personnel l’héritage des générations passées.

C’est ainsi que pour sa part, l’honneur véritable  tombe dans le silence pesant des victimes non reconnues.