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06/03/2012

Homère n'était pas aveugle, les modernes le sont

Les modernes ont longtemps disserté sur Homère, sur la réalité de son existence, sur la nature ou la véracité de ses écrits, sur sa cécité, voir l’hypothèse avancée par Friedrich August Wolf d’un Homère analphabète. Pourquoi oser pareille allégation si ce n'est pour dénigrer encore et toujours ? Du temps d'Homère, la transmission orale des enseignements religieux était de rigueur. Des écrits, il ne ressort pas d'aura divine. Les écrits ne font pas venir à la présence et commandent à l'esprit de s'émouvoir pour l'âme. Or, l'esprit a un pied sur terre et l'autre dans l'autre monde, à condition que celui-ci n'obéisse pas à un commandement, sinon, il est trop humain pour être subtil. Peu importe la manière dont Homère a écrit ou transmis son savoir. Le fait est que les écrits tels qu'on les connaît ne se lisent pas comme on l’entend, mais comme on est amenés à les ressentir au delà de toute apparence. Ils interpellent notre intuition et en appellent à notre intelligence patiente, métamorphosée, dépouillée de son complexe de supériorité. C’est à nous, désormais seuls, de faire parler ces textes,  et retrouver en notre cœur la note juste, thyrse initiatique de la transmission orale confinée en soi.

A quoi bon discuter sur le sexe des anges et chercher les contradictions en abordant tout de façon littérale, linéaire ou méthodique à la manière d’Hercule Poirot. Ces études spécialisées ont la manie de cultiver le questionnement,  pour n’arriver qu’à des conjectures loin du plus simple bon sens. Mais il est connu que la simplicité ne satisfait pas les grands esprits. Homère dérange. Dans un pays de tradition catholique, il doit être pensé comme un simple aède. Dans une société réductrice et scientiste, il doit être pensé sous l’aspect d’un archaïsme fantasque. Lorsque l’on sait le pouvoir destructeur de l’homme gagné à cette espèce de rage confessionnelle ou partisane, on est saisi par le caractère indestructible de cet hymne magique.

La réalité se dispense des beaux apparats de nos maîtres à penser. Homère n’était pas aveugle, mais il était  d’usage à l'époque de considérer comme tel un guide divin, un aède exercé aux arts divinatoires, car il n’a pas besoin de ses yeux pour voir justement ce qui ne se voit pas avec les yeux, mais avec le prisme de l’âme. Le but n’est pas de se couper du monde pour mieux voir, mais de dépasser ses sens afin de développer une autre sensibilité capable d’appréhender ce qui échappe à notre intuition. Pour comprendre, il faut donc être privé de la vue qui s’offre à nous et nous distrait. Le monde des apparences occulte la clairvoyance. Il n'est pas là question d'être aveugle, cette approche n'ayant rien de physique. Dans la pratique, il faut tourner son regard derrière le voile pudique d’une perception sensible. Par la suite, lorsque les yeux initiés deviennent le miroir de l’âme, le jour se lève où le monde prend un tout autre aspect et les sens ont une toute autre essence. Héra, originelle et primordiale gardienne du temple, change même de nature, oublie sa colère assagie par la ruse. Et la magie opère si bien que la flamme devient miscible dans l’eau lustrale pour former une alchimie sublunaire capable d’appréhender ces mondes que l’on ne voit pas, afin de les ressentir au plus prés de soi.

Lorsque nous lisons les mythes, nous sommes de grands enfants. Homère en aurait-il  ri, à défaut d’être effrayé ? L’intelligence n’est pas en cause. Il s’agit bien plutôt d’une impossibilité de penser autrement pour nous désormais. Nous sommes comme entravés, empêchés par nous-mêmes, épris de nos certitudes. Nous avons des schémas de pensée qui tiennent en bride notre faculté de transposer notre mode de perception. Esclaves de l’intellect, nous sommes des forçats de l’émotion terre à terre. L’âme est alors inhabitée par notre incapacité à en pénétrer l’espace autrement que par l’exercice d’une méditation dictée par des enseignements préétablis aux subtilités élucidées. Nous sommes tristes, malheureux et fanfarons. Nous avons perdu le langage de l’âme en quête d’un bonheur dont seul Homère a la clé. En vertu de notre prétention, nous n’y prêtons guère attention.

09:42 Publié dans religion | Lien permanent | Commentaires (0)

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